Air Pariétal/Dominique Baffier/Laura Morsch-Kihn/Le nouvel esprit du vandalisme N°13/Océane Ragoucy

« La grotte interdite », un entretien avec Dominique Baffier par Laura Morsch-Kihn

Objet de fascination tant scientifique que métaphysique, la Grotte Chauvet-Pont d’Arc, découverte en 1994, est loin de nous avoir dévoilé tous ses secrets.

C’est avec Dominique Baffier, préhistorienne, spécialiste de l’art pariétal, ancienne conservatrice de la grotte Chauvet, que nous y avons réalisé une expédition scientifique. Partant sur les traces de nos ancêtres les peintres aurignaciens âgés de 36 000 ans BP afin d’y sonder comme dirait Georges Bataille : « le premier signe sensible qui nous soit parvenu de l’homme et de l’art. »

Éclairées par le feu des torches, nous avons regardé plus de 400 peintures et gravures d’animaux, galopant en cavalcade, sur les reliefs des parois le long des 8 000 m2 de galeries souterraines. Arrivées au fond de la grotte, nous avons observé cette unique présence humaine nommée « la Vénus ». Au fur et à mesure, nous étions saisies par l’intacte présence matérielle de faits et de gestes laissés par ces femmes et ces hommes que l’on pouvait imaginer en train de peindre. Elle apparaissait telle une présence fraternelle, d’un lointain si proche. En même temps, nous sommes restées muettes face à cette symbiose avec l’animal. Désormais si profonde et oubliée.

Face à nos nombreuses interrogations, heurtées par la non présence de preuves, nous avons traduit secrètement ces manques, comme des mystères insondables laissés volontairement par nos ancêtres les peintres. Cet héritage du merveilleux donnerait ainsi à chacun la liberté de se construire son propre mythe des origines.

Avançant dans l’obscurité, cette expédition scientifique, sortie du son contexte de l’expérience, pour vous comme pour nous relève aussi bien de l’imaginaire car l’entrée de ce temple-grotte a toujours été interdit au public.

 

Laura : Dominique Baffier, vous revenez tout juste de la Grotte Chauvet-Pont d’Arc – est-ce toujours la même émotion qu’il y a plus de 15 ans ?

Dominique : Oui, mis à part l’effet de surprise qui a disparu, l’émotion reste la même. On est envahi par la beauté des volumes de ces salles immenses, ces concrétions dentelées aux couleurs étincelantes,, ces sols qui gardent les traces du passage des animaux et des hommes qui s’y sont succédé, et puis…. les dessins qui apparaissent dans une composition volontairement théâtrale qui va crescendo. Dans les premières salles, le rouge domine. Des empreintes de mains et de paumes ocrées permettent d’identifier les auteurs et donnent une réalité physique à nos lointains ancêtres. La grotte apparaît comme un immense théâtre dans lequel se succèdent des tableaux multiples dont les acteurs sont des animaux dont la plupart n’existe plus aujourd’hui : mammouths, rhinocéros laineux, ours et félins des cavernes. mégacéros, tracés au fusain. Ces témoignages ne peuvent nous laisser indifférents et restituent la complexité de la vie spirituelle et la sensibilité de ces hommes d’il y a 36 000 ans.

Laura : A quoi ressemblait le paysage environnant de la Grotte Chauvet-Pont d’Arc à l’époque du paléolithique supérieur, il y a 36 000 ans ?

Dominique : Géologiquement le paysage était sensiblement le même. Les falaises de calcaire surplombaient la rivière qui était déjà enjambée par le pont d’Arc, arche de pierre majestueuse. La caverne, dont l’entrée est invisible aujourd’hui, s’ouvrait par un large porche. Ce porche s’est effondré progressivement et a définitivement fermé la grotte, il y a 22 000 ans, la protégeant ainsi des incursions humaines et animales et des variations climatiques, ce qui a assuré son exceptionnelle conservation. En revanche, la faune et la flore étaient différentes. A l’Aurignacien, vers 36 000 ans, nous sommes en pleine période glaciaire, avec une variation moyenne de 4° C. La végétation est rare. Quelques arbres, essentiellement du pin sylvestre, du bouleau et des genévriers se retrouvent en » forêt galerie » au bord de l’eau ou groupés en bosquets dans des endroits protégés; Les graminées sauvages sont très abondantes et couvrent les plateaux où paissent les grands herbivores; Les animaux sont adaptés au froid et portent d’épaisses toisons.

Raphaël Dallaporta, ‘Aux abords du Pont-d’Arc’, Ardèche, 2016

 

Laura : Depuis la découverte de la grotte en 1994, quelles sont les principales théories anthropologique, archéologique, de l’art pariétal misent à mal par la découverte de la Grotte Chauvet ?

Dominique : Avant la découverte de la grotte Chauvet les préhistoriens avaient établi un cadre chronologique qui permettait d’évaluer l’âge des peintures pariétales en se fondant sur des objets retrouvés en fouille et datés par la stratigraphie. Ainsi, il était admis que l’art apparaissait avec la présence de l’homo sapiens sapiens en Europe, c’est à dire vers 35 000 ans. Au début, les oeuvres étaient frustes (triangles pubiens, cupules, animaux dont l’espèce n’est pas identifiable), grossièrement piquetées dans la roche. Puis les oeuvres s’affinaient progressivement pour atteindre le savoir faire de Lascaux; Enfin, l’art paléolithique se terminait avec des graphismes totalement maîtrisés proches du réalisme photographique. On supposait donc que la création artistique avait suivi une évolution régulièrement ascendante. Or il n’en est rien puisque avec la grotte Chauvet on constate que, dès 36 000 ans, toutes les techniques sont maîtrisées et que l’on est en face d’un art pleinement abouti. La grotte Chauvet pose en fait la question primordiale de l’origine de l’art.

Laura : La fabrique de l’histoire est conditionnée par des courants de pensées du moment, quelles idées intellectuelles aujourd’hui participent à l’interprétation de la Grotte Chauvet-Pont d’Arc ?

Dominique : La signification de l’art pariétal varie effectivement en fonction des époques et de l’avancement des recherches voisines comme l’ethnologie. Après avoir été considéré comme une manifestation purement esthétique : l’art pour l’art, les comparaisons avec les peuples de chasseurs cueilleurs actuels orientent les interprétations de l’art paléolithique vers la magie de la chasse et de la fécondité, le totémisme, le chamanisme, enfin, théorie la plus intéressante puisqu’elle est fondée sur des bases statistiques : le structuralisme qui met en évidence des groupements d’animaux qui ne sont pas situés au hasard dans la caverne. En fait toutes ces interprétations ne frôlent chacune qu’un des aspects de l’art. Elles sont réductrices et mutilent la complexité de la pensée préhistorique. Ces peintures sont les vecteurs de la vie spirituelle de l’homme et de sa pensée complexe. Elles sont vraisemblablement l’expression des mythes fondateurs des groupes. A présent, les préhistoriens évitent les grandes théories globalisantes; Un intérêt particulier se porte sur les études techniques des œuvres pariétales et la prudence est de mise quant à l’interprétation.

Laura : La grotte Chauvet – Pont d’arc a un potentiel scientifique très important, est-ce la raison qui explique la présence de l’artiste Miquel Barcelo dans l’équipe scientifique? Qu’est ce que sa présence vous apporte ?

Dominique :Il est passionnant de visiter la grotte Chauvet avec un grand artiste, d’observer ses réactions et de voir si la confrontation avec l’art des origines peut avoir un impact sur sa propre création. Miquel Barcelo partage son émotion, ses observations. Il est passionné par l’art pariétal. Il vient tous les ans me voir dans l’autre grotte dans laquelle je dirige l’équipe scientifique, la Grande Grotte d’Arcy sur Cure en Bourgogne, dont les peintures sont datées de 32 000 ans. Il est toujours émerveillé par l’habileté de ces premiers artistes, par leur connaissance intuitive du support, leur facilité à intégrer le relief rocheux dans leur création. Il s’imprègne de leur art, de leur ressenti et est devenu leur semblable par sa création de la coupole d’une salle de l’ONU à Genève, voûte majestueuse d’une grotte sous marine aux concrétions élancées et aux couleurs transparentes qui laissent percevoir l’écume des vagues.

Laura : De la même manière cette grotte à créé une fascination chez Werner Herzog, qui suite à l’article de Judith Thurman « What does the world’s oldest art say about us », The New Yorker, 2008,  a réalisé le film La grotte des rêves perdus. Pour vous a quels rêves perdus fait-il allusion ?

Dominique : Rêves de la pureté des origines, rêves des histoires oubliées, Interroger pour comprendre. Images saisissantes de deux crocodiles albinos affrontés. Démarche complexe et personnelle de Werner Herzog.

Laura : Et pour vous quels seraient ces rêves perdus ?

Dominique : Pas de rêves perdus, mais un sens oublié que je voudrais bien connaître. Pas de Rousseauisme ! et curieusement je me trompe toujours dans le titre de ce film que j’appelle régulièrement « La grotte des rêves oubliés ». C’est ça ! Nous avons oublié!

Laura : Les seules traces de peintures pariétales connues sont à l’intérieur des cavernes car celles en extérieures ont disparu avec le temps, quelle est la méthode qui permet de les dater ?

Dominique : Les peintures pariétales sont difficiles à dater, ce qui explique les incertitudes du siècle dernier. Heureusement les techniques de datation ont fait de grands progrès. A présent un échantillon minime de carbone, gros comme une tête d’épingle, permet d’obtenir une datation. Toutefois tout ne peut pas être daté, on ne peut dater que la matière organique. Les peintures rouges effectuées à l’ocre, matière minérale, ne peuvent pas être datées. Pour les dessins noirs, seuls les tracés effectués au charbon de bois ou au charbons d’os permettent d’obtenir des datations. En revanche le noir obtenu avec du dioxyde de manganèse n’est pas analysable.

Laura : La grotte contient 435 animaux peints et gravés, dont des animaux redoutables rarement représentés comme les rhinocéros (64), les lions (75), des mammouths et des ours ou encore un hibou et des insectes. Puis il y a des classiques comme les chevaux, les bisons et les cerfs. Ou encore des signes (400) : points rouges effectués avec la main enduite d’ocre et mains positives. Cette sur-présence animale est-elle liée à un phénomène d’identification de ces hommes à la vitalité de ces animaux ?

Dominique : L’art paléolithique est caractérisé par sa grande homogénéité; Les thèmes sont constitués par des représentations animales associées à des « signes », représentations non figuratives; On observe toujours les mêmes manques : on ne trouve jamais de représentation d’astres, lune, soleil, étoile, de végétaux, d’objets de la vie courante, huttes, de ligne de sol, de rivière, de paysage, etc… mais toujours des animaux et des signes. Les représentations humaines sont extrêmement rares. Pour les périodes anciennes, des mains négatives ou positives sont parfois appliquées sur les parois, des représentations schématiques de sexe féminin sont gravées. L’art pariétal n’est donc pas un tableau de genre. Les animaux représentés ne sont pas synonymes de la faune existante. Ainsi, les oiseaux, les poissons, les insectes, les reptiles, batraciens, etc, ne sont qu’exceptionnellement représentés. Les espèces figurées sont sélectionnées et constituent un bestiaire. Elles sont issues de l’environnement de l’homme préhistorique mais n’en sont pas entièrement représentatives. Plus que des images réalistes, ce sont des symboles.

Icosaèdre — salle des panneaux rouges, insectes Grotte ornée du Pont-d’Arc, dite Grotte Chauvet-Pont-d’Arc, Ardèche, 2016 © Raphaël Dallaporta, Chauvet —Pont-d’Arc, l’inappropriable, Editions Xavier Barral

Laura : Pouvez-vous nous en dire plus sur la signification de ces symboles ?

Dominique : Difficile. L’homme préhistorique vit dans un monde d’animaux, ils sont sa subsistance, sa matière première pour les vêtements, les couvertures, la parues, la fabrication des outils et des armes. Il partage le territoire avec eux, les grottes, ils vivent en symbiose. Le choix des espèces dans les grottes est obligatoirement signifiant. pour les périodes anciennes (aurignacien) ce sont les animaux dangereux. L’idée la plus simple est de penser qu’ils en admirent la force, mais plus tard ce sont les herbivores, aurochs, bisons, chevaux, la symbolique a changé mais le sens n’est pas plus clair pour nous. La préhistoire apprend l’humilité, il faut savoir et reconnaître qu’on ne peut pas tout expliquer. Laissons à ces hommes leur part de mystère et leur pensée complexe plutôt que de les travestir d’oripeaux qui ne sont pas les leurs.

Laura : La beauté de ces peintures est, effectivement, cette symbiose entre la nature animal et celle de l’homme. Georges Bataille à écrit de très beaux paragraphes Dans le miracle de de Lascaux ou la naissance de l’art disant que « l’art pariétal est l’émotion d’un être en métamorphose qui mesure tout ce qu’il perd à devenir humain. »

Qu’en est-il de la représentation des sexes féminins et de ce demi-corps féminin nommé la Venus de Chauvet, peinte de face, en trois dimensions, critères apparemment exceptionnels pour cette époque. Faut-il y voir une dimension érotique la Vénus est ? Est-ce que ces peintures nous donnent des informations sur les rapports homme-femme et la place de la femme à l’époque ?

Dominique : Il est bien difficile et présomptueux d’avoir des certitudes en préhistoire. Le bas du corps de la femme représenté à Chauvet est unique en grotte. Habituellement, les jambes ne sont pas figurées. Seul le sexe est gravé ou peint et ce n’est pas si fréquent. A Chauvet, les proportions du bassin, des jambes, du sexe, sont identiques à celles des petites statuettes fréquentes à la même époque et qui sont retrouvées dans les habitats. Cette représentation bien qu’inhabituelle est donc caractéristique de la culture aurignacienne.

Il est vraisemblable que la femme qui donne la vie ait été considérée comme un élément important du groupe, la survie de l’espèce, sans pour autant nous permettre d’échafauder des hypothèses de matriarcat. Quant au rocher phallique, il a bien piètre allure puisque c’est un pendant rocheux qui pointe vers le sol !

Laura : Effectivement ! On peut imaginer que pour une spécialiste comme vous l’intérêt de cette « origine du monde » avant l’heure est aussi ce mystère qu’elle instaure ! L’évocation que vous faites de cette vie en groupe où la femme occuperait, peut-être, une place à l’égal de l’homme, pourrait être l’un de ces rêves oubliés !

Dominique : J’ai beaucoup travaillé sur le site de Pincevent, site de chasseurs de rennes, près de Montereau. Ce site montre l’implantation de plusieurs tentes, voisines les unes des autres. On a pu mettre en évidence la circulation des préhistoriques qui allaient d’une tente à l’autre, taillaient leurs silex et travaillaient ici ou là. On a même pu montrer le partage de la nourriture, les quartier d’un même renne se retrouvant dans plusieurs tentes. Jamais nous n’avons pu montrer une quelconque suprématie d’une tente sur une autre. Pas de tente du chef ! Le groupe paraissait vivre dans une communauté égalitaire, exploitant pour tous les talents de chacun. Il n’y a aucune raison pour que la femme ait été considérée comme inférieure . Elle s’occupait vraisemblablement de tâches différentes mais tout aussi nécessaires au groupe. La femme donne la vie elle est à la fois sensualité et sexualité, elle est souvent représentée aux périodes anciennes par des petites statuettes aux formes rebondies. Les caractères sexuels de la féminité sont exagérés. Ne serait ce pas alors le signe que l’artiste est un homme ?

Laura : Grâce aux différentes représentations animales et griffes d’ours des cavernes, vous avez pu en déduire que plusieurs groupes se sont succédé dans cette grotte à plusieurs milliers d’années d’écart. Comment expliquez vous ce passage de peinture plus libre réalisés par les premiers occupants à des formes plus représentative réalisées par les seconds occupants ?

Dominique : Deux phases de fréquentation ont été mises en évidence à Chauvet et datées l’une de 36 000 ans dates obtenues sur des charbons au sol et par prélèvement direct sur les peintures, et l’autre de 30/32 000 ans ( datations sur foyer et mouchages de torche). Jusqu’à présent aucune représentation n’a été datée de la deuxième phase de fréquentation. Toutefois, j’ai avec une collègue, mis en évidence à l’entrée de la galerie des megacéros et sur les pendants rocheux de la salle du crâne la présence de dessins au charbon de bois plus anciens que ceux qui sont datés de 36 000 ans; leur style est effectivement différent mais techniquement tout aussi abouti. On peut imaginer qu’un autre groupe a fréquenté la caverne avant ceux qui ont effectué la décoration principale ou que ce soit un artiste différent qui ne partageait pas les mêmes conventions.

Laura : A Chauvet, le feu était nécessaire pour voir ces peintures et ces gravures car elles sont situées dans les parties non éclairées par la lumière du jour, on peut alors s’imaginer qu’ici se jouaient des théâtres d’ombres, des spectacles image et lumière ou encore des rituels plus de l’ordre du sacré? Quelle est votre position sur la signification de la présence de peintures et gravures à Chauvet ?

Dominique : Rares sont les grottes ornées qui ont leur sol conservé. Toutefois les grottes découvertes récemment ont bénéficié de beaucoup de respect et d’attention de la part des découvreurs. Il est évident que les peintures situées à près de 500 mètres de l’entrée de la grotte sont dans l’obscurité totale. On trouve à Chauvet la preuve de l’existence de nombreux foyers qui ont permis d’éclairer les peintres mais aussi de fabriquer les charbons de bois utilisés ensuite pour dessiner ces fresques grandioses. Des accompagnants devaient également entourer la paroi avec des torches pour mettre en évidence les reliefs. De très nombreux mouchages de torche le long du cheminement ou sur les panneaux eux mêmes témoignent de ce type d’éclairage. La lumière des torches ou des foyers est une lumière mouvante qui accentue les reliefs et fait vivre la paroi contrairement aux lumières électriques qui écrasent. Volontiers on imagine des cérémonies d’initiation, des danses rituelles ou autre devant ces grands panneaux, sinon pourquoi aller au plus profond de la grotte pour les peindre ? Or quand le sol est conservé, on ne constate aucune manifestation de ce genre. Les seuls vestiges conservés sont liés à la fabrication des peintures, soit pour l’ éclairage, soit pour la fabrication des pigments. Il n’y a pas d’empreintes de pas, pas de sol tassé, aucune trace d’un rituel quelconque. Il semble en fait que l’important soit que ces peintures existent dans cet espace dédié, et ensuite…. On ne peut pas savoir, on ne peut que constater qu’il n’y a eu aucune manifestation ayant laissé des traces observables.

Laura : Nous pouvons alors juste comprendre que ces peintures témoignent d’une place importante de l’animal dans la vie de ces hommes et femmes mais aussi de la pratique de la peinture. Pour les sciences ces peintures et gravures sont de véritables documents que l’on n’imagine loin d’être complètement explorés. Que reste t-il encore à découvrir ?

Dominique : LE SENS mais il faut éviter de se laisser entraîner dans des hypothèses surannées, des comparaisons abusives avec les chasseurs cueilleurs, des histoires de sorciers, chamanes ou autres personnages dont on ne peut prouver la réalité et qui réduisent la richesse de la pensée paléolithique. Curieux témoignage du temps et des modes, on constate que les préhistoriens, essentiellement des hommes pendant tout le XX° siècle, ont rarement développé l’idée du matriarcat ! Ils préfèrent les sorciers ! Bizarre.

 

FAC-SIMILE

Océane Ragoucy: La Caverne du Pont d’Arc, réplique de la Grotte Chauvet vient d’ouvrir ses portes au public. C’est un important projet architectural un lieu d’accueil du public qui était très attendu, recréant certaines salles de la grotte Chauvet. Quel est le statut de la copie selon vous ? Dans son roman « Grotte », Amélie Lucas-Gary questionne avec humour la relation de nature « filiale » ou « fraternelle » du fac-similé par rapport à l’original. Qu’en pensez-vous ?

Dominique : Je connais trop la Grotte Chauvet pour aimer la restitution. L’espace est réduit, compressé, tronqué, sans hauteur. Les peintures ont été recopiées à l’identique. La 3 D a été utilisée pour restituer précisément à l’identique les parois mais on ne peut pas reproduire 8 000 m2 !. Toutefois ce fac -simile était un mal nécessaire car la grotte ne peut pas être ouverte au public afin de la préserver intacte pour les générations futures. Or, cette merveille se doit d’être partagée avec le plus grand nombre et il est important que tous puissent connaître l’émotion qui nous étreint devant ces plus anciennes images de l’Humanité.

Raphaël Dallaporta, 2015 L’envers de la réplique,  la Caverne du Pont d’Arc, Ardèche.

Raphaël Dallaporta, « L’envers de la réplique », La Caverne du Pont d’Arc, Ardèche, 2015 la Caverne du Pont d’Arc, Ardèche.

Océane Ragoucy : Pour Lascaux, il existe la grotte d’origine, sa copie, et même une exposition qui se déplace dans le monde entier avec la reproduction de certaines salles. Que représente finalement symboliquement l’itinérance des grottes selon vous ?

Dominique : L’Europe occidentale est la zone dans laquelle l’art paléolithique s’est développé. La présence de nombreuses grottes explique son implantation privilégiée. Il est intéressant de transmettre et faire voyager ces images qui sont par destination immeubles. Faire connaître l’art paléolithique c’est faire partager les racines de notre civilisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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