Charles Simonds

Charles Simonds, « Dwellings » : les vestiges d’une civilisation fictive

Charles Simonds (1945) est une figure majeure de la scène artistique internationale des cinquante dernières années. Créateur prolifique, proche des artistes environnementalistes américains et du Land Art comme Robert Smithson, il a construit une œuvre originale à travers la sculpture, la performance, le film et l’architecture.

Dès le début des années 1970, il se fait connaître en sculptant des architectures miniatures dans les anfractuosités des immeubles des quartiers populaires et pauvres de New York tel que Lower East Side à New York mais également dans plus de 30 villes à travers le monde dont Paris, Shanghai, Berlin, London, Dublin, Toulouse, Zurich, ….

Façonnées à partir de minuscules briques d’argile, ces constructions éphémères Dwellings sont les vestiges d’une civilisation fictive dont l’artiste a imaginé l’histoire et tout un système de croyances. L’artiste explique qu’elles appartiennent à un « petit peuple » (little people) n’ayant d’autre choix que de coloniser certains espaces intersticiels de la ville. Ces sites construits, véritables petits mondes, sont laissés là, livrés aux intempéries ou aux destructions causées par les autres humains.

Dans la brèche d’un mur de briques, sur le rebord d’une fenêtre rarement ouverte, au bord abîmé d’un trottoir au ras de la chaussée ou sur un tas de gravats restant de la destruction d’un bâtiment, Charles Simonds appose une couche irrégulière de glaise à modeler qu’il saupoudre ensuite de sable, de poussière. Puis, à l’aide d’une pincette, il pose des minuscules parpaings de terre formant des sortes de hameaux, de villages plus ou moins achevés ou paraissant ruinés (voir les films Dwellings, 1972, réalisé par David Troy, et Dwellings Winter, 1974, réalisé par Rudy Burckhardt).

L’œuvre intitulée Dehors/dedans est assez exemplaire : répartie de part et d’autre d’une vitrine de magasin d’un quartier hispanique de New York (comme la plupart de ses autres interventions de même nature). La moitié exposée au dehors se dégrade, tandis que la partie abritée reste intacte.

Ces constructions présentent la facture archéologique d’une civilisation précolombienne imaginaire disparue, mais fortement inspirée de l’architecture des indiens d’Amérique pueblo. Ce qui engage une réflexion complexe mettant en relation comparable les statuts ambigus de l’artiste comme individu « non fonctionnel » et des indiens d’Amérique comme communauté survivante d’un génocide et d’un monde irrémédiablement disparu : étrangers à l’ordre établi de l’avoir, ils ne survivent pourtant qu’à l’abri des failles de l’« enfer climatisé » du capitalisme néolibéral tout en lui résistant par leur différence irréductible et leur intériorité, c’est-à-dire par leur être même.

http://www.charles-simonds.com/dwellings.html

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